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16/11/2010

Visite de Notre Dame de la Mure à Cornas

Visite à Cornas

Suite à une visite à N-D de la Mure, à Cornas, des membres de notre association ont pensé qu'il serait intéressant de faire connaître ce site assez peu visité. Aussi aprés quelques recherches nous avons trouvé dans "La lettre de Mémoire d'Ardèche et Temps Présent, revue de la Société de Sauvegarde des Monuments Anciens de L'Ardèche, un article écrit par M. Guy Delubac que nous avons en partie repris ci aprés.  Pour les visiteurs du site je ne peux que leur conseiller d'aller faire une visite  sur le site de cette association, où ils trouveront de nombreuses rubriques intéressantes.

La chapelle

Cette modeste chapelle longuement remaniée au fil des siècles pose deux questions intéressantes aux-quelles nous allons  tenter d'apporter réponse : celle de la signification de son nom et celle de l'âge de la Vierge Noire qui en fait ornement.

Située à la sortie nord de Cornas sur la route de Tournon, Notre-Dame de la Mure, a une origine incertaine. Une belle légende - mais toutes les légendes ne sont-elles pas belles ? - veut qu'elle ait été bâtie à la suite du voeu de deux bateliers naviguant sur le Rhône et en grand péril d'être noyés dans cette zone du fleuve trés perturbée par son confluent avec l'Isère. Ayant prié la vierge du Puy de les sauver, ils lui auraient fait promesse d'élever cette chapelle si elle les exauçait. De là viendrait la statue de la Vierge Noire, copie de celle du Puy. Mais le nom même de la chapelle nous ramène à une époque bien antérieure. La Mure est un toponyme fréquent (faut-il citer les charbonnages dauphinois qui ont eu une certaine renommée). Il proviendrait du terme ancien mura(cf P.Charrié, dictionnaire méridional), désignant des vestiges d'anciennes constructions. Or la première citation connue du site de la chapelle apparaît dans le cartulaire de Saint-Chaffre du Monastier, cité par le docteur Francus, et il y est fait mention de la donation au monastère par le comte Gellin au X° siècle, d'une villa dite Cornatis comportant un bâtiment vétuste dénomémura Flodone. Pour certains auteurs, la dénomination mura aurait désigné des enceintes, probablement gardées, échelonnées le long des voies romaines et où les voyageurs pouvaient trouver asile et protection pour la nuit. L'hypothèse paraît séduisante, car si ce nom s'est si bien maintenu en divers  lieux, ce pourrait bien être parce qu'il se réfèrerait à des édifices ayant masqué la mémoire collective, et non à de banales ruines de bâtisses ordinaires. Malheureusement, rien ne vient la corroborer. Néanmoins, en ce qui nous concerne, le tracé supposé de la voie antique de rive droite du Rhône, dans la basse plaine alluviale, traverseffectivement le quartier la Mure. D'autre part, "autour de la chapelle Notre-Dame de la Mure, C. Filhol a signalé des tuiles gallo-romaines ..." Selon F. Bréchon,  le mobilier gallo-romain se  concentre au sud de la chapelle. La présence de constructions en ce lieu est donc vraisemblablement trés ancienne. Mais que reste-t-il de ces premièrs bâtiments ? Des fouilles pouraient peut-être en retrouver la trace. On y retrouvera ultérieurement, sous les noms de Mora ou Mura, un édifice répertorié parmis les églises vivaraises de Saint Chaffe dans un bref du pape Alexandre III (1179) et une bulle de Clément IV (1259). Un siècle plus tard s'y trouvait un prieuré dépendant de celui de Macheville. Notre-Dame de la Mure  est encore citée dans deux documents datés l'un du XIV° siècle (terrier de novembre  1312), l'autre du XV° (testament de Salomon de Péalavigne).

De cette première chapelle romane, il ne reste vraisemblablement plus grand chose, car elle a subi les vicissitudes de l'histoire. Les guerres de Religion lui furent fatales. Elle aurait été détruite par les troupes de l'amiral De Coligny aux alentours de 1570 et se rait restée en ruine pendant plus d'un siècle. Devenue en 1593, comme le prieuré de Macheville, dépendence du collège des jésuites du Puy, elle fut reconstruite au début du XVIII° siècle, mais à nouveau victime de destruction pendant la Révolution et vendue comme bien national à un propriétaire tournonais pour le compte d'un chaufournier qui l'utilisa comme carrière de pierres, pratique malheureusement courante jusqu'à une époque récente; l'abbaye de Mazan en est un triste exemple. Aprés enlèvement du toit et des portes et fenêtres, il n'en resta plus que des pans de murs. Ce n'est que vers 1820 que des réparations sommaires, entreprises par un nouveau propriétaire qui souhaitait le rendre à sa destination première, permirent d'y restaurer le culte de la Vierge. Ce petit édifice ouvert aux quatre vents perdura jusqu'en 1854, lorsqu'un mandement de carême de l'évêque de Vivier prescrivit des processions dans les lieux de pélerinage ancien. Cédée par ses propriétaires au Conseil de Fabrique de Cornas, on y posa portes et fenêtres et on y installa un autel. Il est dit que l'ancienne Vierge Noire, "miraculeusement retrouvée", y fut alors réinstallée. La procession eut lieu à partir de cette date, la chapelle vit un tel afflux de fidèles qu'elle devint bientôt trop petite. Désla fin de 1855, un projet de l'architecte Tracol de Valence fut mis en oeuvre grâce au concours de  nombreux bénévoles et à l'aide de généreux mécènes et la nouvelle chapelle fut inauguré le 1er mai 1856. Mais elle n'étaitpas terminée et ce n'est qu'en 1865 qu'elle se vit adjoindre abside et sacristie.

Au fil des ans, dans la première moitié du XX° siècle, l'acquisition de terrains alentour permettait l'organisation de grandes fêtes attirant un nombre de plus en plus important de fidèles. A la même époque, diverses réparations furent conduites. La peinture imitant une mosaïque qui orne le fond du choeur et illustre la légende des deux bateliers fut réalisée en 1940. C'est en 1946 que la chapelle connut son heure de gloire avec le couronnement de la Vierge Noire. Cet honneur, qui avait déjà été accordé à N-D d'Ay en 1890, lui fut donné sur l'initiative de Monseigneur Leynaud, alors évêque d'Alger, au cours d'un pélerinage rassemblant plus de 3000 fidèles. Les fêtes, grandioses, durèrent trois jours. Elles étaient présidées par le nonce apostolique, Monseigneur Roncalli qui devait devenir, quelques années plus tard, le pape Jean XXIII.

Mais la chapelle devait à nouveau subir le poids des ans et nécessitait il y a une dizaine d'années des travaux de restauration. L'association La Mure, créée dans les années 1970, s'est fixé cette mission. Les travaux, confiés à l'Interassociatif Fondation de Crussol, ont été réalisés par l'association de réinsertion Homme, Patrimoine et Nature spécialisée dans les chantiers de sauvegarde des sites historiques. Largement cofinancés par les deux associations, la Mure et Fondation de Crussol, ils ont également fait l'objet à deux reprises de subventions du Département avec le soutien de notre Société de Sauvegarde. 2002 a vu la restauration de la sacristie et la mise hors d'eau de la partie extérieure du choeur qui était la plus affectée. En 2003 a été faite la mise hors d'eau de la majeure partie du bâtiment qui a été achevée en 2004 avec la réfection intérieure des sols et des enduits muraux. Ainsi, si c'est un bâtiment dont la construction ne date que de la fin di XIX° siècle  qui a été restauré, c'est le témoin d'une longue histoire de ferveur populaire qui a été sauvegardé.

Références :

FRANCUS(Dr), Voyage autour de Crussol. Imp. Centrale, 1888

DELHORME G 'abbé), Notice sur la chapelle Notre-Dame de la Mûre, in Sanctuaire de ND de la Mure, Cornas (Ardèche) - F^tes du couronnement 4-7 juillet 1946, Romans, Ets J.A. Domergue 1946

CHARRIE P. Dictionnaire topographique de l'Ardèche Paris

GUENEGAUD, 1964 et Dictionnaire méridional de la vie traditionnelle, Valence Editions et Régions 2009

FILHOL C Observations archéologiques sucitées par l'étude des voies romaines de l'Helvie, in Revue du Vivarais, 44 1937

SAILLENS E, Nos vierges Noires, Paris, Editions Universelles 1945

 

 

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